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LeMonde

L'Irak, quatrième réserve pétrolière mondiale, et oubliée de l'actualité

Qui se soucie encore de l'Irak ? Depuis le retrait du dernier soldat américain, en décembre 2011, ce pays qui a occupé une bonne partie de la couverture journalistique américaine et mondiale de la décennie passée est devenu un trou noir. Tout au plus en émergent quelques échos lointains d'attentats qui font quotidiennement plusieurs dizaines de morts (9 000 en 2013). Des explosions meurtrières visant le plus souvent des quartiers chiites et systématiquement attribuées à Al-Qaida en l'absence de revendication…

L'Irak ne se résume pas à ce décompte macabre et, surtout, il existe des explications au déchaînement de violence, qui n'est que la traduction de luttes depouvoir acharnées dans le cadre de la recomposition totale d'un système socio-politique remontant à la fin de l'Empire ottoman, et auquel l'invasion américaine de 2003 a donné le coup de grâce.

Le numéro intégral consacré par la revue Diplomatie à l'Irak est un précieux vade-mecum pour ceux qui veulent comprendre ce qui se passe en Irak et où va ce pays. Aucun aspect contemporain n'est négligé, et le dossier débute même par un succinct rappel historique sur l'ancienne Mésopotamie. Comme le rappelle justement le chercheur Saïda Bédar, « l'Irak a connu dans l'histoire récente, au début du XXe siècle, dans le contexte de lutte de libération nationale, puis pendant une courte période des années 1940 jusqu'en 1970, des moments d'ouverture sociale, sans égale dans le Moyen-Orient en termes de foisonnement intellectuel, de recomposition du champ sociopolitique au-delà des clivages traditionnels».

UN MODÈLE MORIBOND

C'est à cela que l'invasion de 2003 a mis fin, même si le modèle était déjà moribond à cause de trois décennies de dictature totalitaire, de deux guerres (contre l'Iran de 1980 à 1988 puis à la suite de l'invasion du Koweït en 1990-1991), et d'une décennie d'embargo qui a broyé la société irakienne. L'occupation américaine ne fut pas qu'un fiasco. Elle a mené à l'instauration d'un pluralisme partisan inédit auquel les Irakiens ne veulent pas renoncer, continuant de participeravec constance aux scrutins, pour le moment libres, organisés à intervalles réguliers. Elle a aussi permis d'expérimenter la solution fédérale, au plus grand profit des Kurdes, qui n'ont jamais connu une telle prospérité et une telle paix au XXe siècle. Hosham Dawod, anthropologue au CNRS, dresse un tableau nuancé de l'expérience kurde et des menaces pesant sur leur quasi-Etat.

Au lourd passif de l'occupation américaine s'ajoutent l'instauration d'un système politique confessionnel et milicien, animé par des partis sans réelle base populaire et ayant conservé les pires habitudes du temps de la clandestinité, comme le note Saïda Bédar, une reconstruction fondée sur le clientélisme et une corruption endémique. Le leader ayant le mieux saisi ces dynamiques est le premier ministre Nouri Al-Maliki, au pouvoir depuis 2006 grâce à un fascinant mélange de brutalité et de clientélisme. Autre « spécificité » irakienne : l'émergence d'une deuxième génération de militants d'Al-Qaida, en train de mettre en place un quasi-Etat à cheval sur l'ouest de l'Irak et l'est de la Syrie.

Enfin, à la tête des quatrièmes réserves mondiales prouvées d'hydrocarbures, le pays est appelé à devenir un géant qui pourrait concurrencer l'Arabie saoudite, s'il lève les incertitudes sur le cadre législatif régissant la rente pétrolière et les conflits entre le centre et les provinces.

Seul regret, dans ce numéro très complet, la scène artistique, l'un des seuls lieux où les dynamiques échappent au terrible piège de la violence confessionnelle, est oubliée.

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