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Al-Ahram Hebdo

Abass Al-Chéraki : Il est temps que l’Egypte change de politique envers les pays africains

Le géologue Abass Al-Chéraki, expert hydraulique au Centre des recherches et des études africaines à l’Université du Caire, tempère la « catastrophe » invoquée par l’Egypte, que provoquerait le barrage en Ethiopie.

Chaïmaa Abdel-Hamid

Al-ahram hebdo : Comment jugez-vous les nouvelles déclarations des responsables égyptiens faisant état d’une impasse dans les négociations sur le barrage éthiopien ?

Abass Al-Chéraki : On ne peut plus parler de négociations bilatérales entre l’Egypte et l’Ethiopie. Cette porte est complètement fermée. L’Egypte, en raison de ses propres problèmes politiques internes, a négligé le dossier. C’était le cas sous Moubarak et jusqu’à aujourd’hui. L’Ethiopie n’a pas manqué cette occasion pour avancer dans son projet. En 45 jours, et avec la révolution de janvier 2011, elle a lancé son projet et a modifié ses critères, en plein silence égyptien.

— Si les négociations avortent, quelles mesures prendra l’Egypte selon vous ?

— Il est temps que l’Egypte change de politique envers les pays du bassin du Nil. Sa crise avec l’Ethiopie est plus profonde que l’affaire du barrage. Un rapprochement est nécessaire. Ces deux pays ne sont pas liés par d’autres relations économiques ou diplomatiques fortes, ce qui aurait changé complètement la donne, et ils auraient trouvé d’autres intérêts au rapprochement. Le Caire doit trouver une médiation sérieuse d’un Etat neutre qui se chargera de rapprocher les points de vue des deux camps, et chacun devra faire des concessions. Il est aussi nécessaire de mettre fin aux déclarations provocantes évoquant une intervention militaire ou celles insistant que l’Egypte ne renonce pas à une seule goutte d’eau. Surtout que la position de l’Egypte est forte et elle possède plusieurs cartes de pression.

— De quelles cartes de pression parlez-vous ?

— L’Ethiopie a commis de graves erreurs dans le cadre de son projet et qui renforceront la position égyptienne. Addis-Abeba a violé les accords signés avec les pays du bassin du Nil et qui exigeaient dans leur ensemble l’accord des pays du bassin avant la construction de tel projet, surtout l’Egypte, qui avait un droit de veto sur les projets s’ils représentent un danger pour les autres pays riverains. Le rapport du comité technique formé de deux experts égyptiens, deux soudanais, deux éthiopiens et quatre internationaux évoque un danger de ce projet qui, selon les experts, n’a pas été bien étudié.

— Le Caire pourra-t-il réclamer un arbitrage international ?

— Ce n’est pas possible : un arbitrage international exige l’accord des deux pays, ce que l’Ethiopie ne fera pas, pour éviter qu’on ne lui impose des restrictions. Mais Le Caire peut, en revanche, porter plainte auprès des Nations-Unies. Celles-ci peuvent dépêcher un comité qui proposera des recommandations, mêmes si elles ne sont pas à caractère obligatoire, elles auront une conséquence sur le plan international. Au moins, les pays étrangers qui financent ce projet pourront freiner leurs aides. Dans certains cas par ailleurs, la décision des Nations-Unies est obligatoire dans les cas par exemple qui provoquent des dommages à d’autres pays ou violant l’accord de «lutte contre la désertification ». Et ces deux cas sont applicables au barrage éthiopien.

— Quelles sont les répercussions de ce projet sur l’Egypte ?

— Ce barrage n’est pas catastrophique, puisque l’Ethiopie ne pourra pas empêcher l’arrivée de l’eau du Nil vers l’Egypte. C’est en fait une question de proportion. Une fois la pluie tombée, le barrage sera très rapidement rempli et l’eau ne pourra pas y être maintenue, sinon, il s’effondrera. Les Ethiopiens seront obligés, malgré eux, de laisser cette eau couler vers le Soudan et l’Egypte. Il faudrait peut-être plutôt parler de pertes et non de catastrophe.

— Pouvez-vous définir ces pertes ?

— L’Egypte perdra les 24 milliards de m2 d’eau pour remplir le lac du barrage de la Renaissance. C’est une grande quantité qui mènera à la baisse du quota annuel de l’eau de l’Egypte estimé à 55 milliards de m3, surtout si le lac est rempli en une courte durée, d’un an par exemple. Mais si le lac est rempli en une période plus longue, soit de 3 ans, et comme c’est d’ailleurs prévu par les Ethiopiens, cela n’influencera pas beaucoup les Egyptiens. La production de l’électricité du Haut-Barrage d’Assouan diminuera aussi de 10 %. Mais cette proportion n’est pas non plus grave. Car la majorité des régions d’Egypte comptent principalement sur des centrales électriques et non pas uniquement sur le barrage d’Assouan. C’est-à-dire que ce taux de 10 % d’électricité manquant pourra être compensé par de nouvelles centrales.

— Mais certains spécialistes parlent d’une perte annuelle de 9 milliards de m3 d’eau …

— Ces chiffres ne sont pas bien étudiés. Où iront ces 9 milliards de m3 ? Le barrage est construit sur les frontières éthiopiennes avec le Soudan, l’Ethiopie n’a pas besoin de cette quantité pour irriguer tous ses terrains agricoles. Et même si le Soudan par lequel l’eau devra passer avant l’Egypte possède beaucoup plus de terrains agricoles, il n’usera pas de toute cette quantité. Même en calculant l’eau évaporée, cette estimation est exagérée.

— Comment expliquez-vous le changement de position du Soudan, qui se veut désormais neutre ?

— Le Soudan n’a pas changé de position, il l’a uniquement dévoilée. Il calcule ses propres intérêts, puisqu’il est, en effet, bénéficiaire de ce projet. Le fleuve, qui arrive au Soudan avec à peu près 50 milliards de m3, provoque des inondations annuelles, et la construction de ce barrage sauvera le Soudan de cette crise annuelle. Le Soudan, qui n’avait qu’une seule saison d’agriculture (celle de l’inondation), pourra prochainement planter toute l’année. Pourquoi voulez-vous alors que le Soudan soutienne l’Egypte ? Pourtant, ces intérêts ne sont pas assurés, puisque les possibilités de l’échec de ce projet sont énormes, et le Soudan sera le grand perdant. Avec les critères présentés, ce projet est voué à l’échec. Dans ce cas, le Soudan fera face à un tsunami qui détruira un grand nombre de ses villes.

— Pensez-vous que ce projet soit voué à l’échec ?

— Une récente étude affirme que 70 % des projets éthiopiens échouent à cause de la nature du sol, des tremblements de terre et des pluies diluviennes qui provoquent l’effondrement du barrage. Et les études faites sur ce projet sont insuffisantes et assez faibles.

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