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Bibliotheca Alexandrina

(16 mars 2016)

 

Senghor

Du Dialogue des Cultures à la Civilisation de l’Universel

 

Dr. Ismail Serageldin

Directeur de la Bibliotheca Alexandrina

SEM Ambassadeur Ali Maher El Sayed

Conseiller auprès du Directeur de la Bibliotheca Alexandrina

Dr. Marwa El Sahn

Directrice du Centre d'activités Francophones

  

Mesdames et Messieurs les ambassadeurs et les membres du corps diplomatique

Mesdames et Messieurs, 

Je m'empresse de dire mes remerciements les plus profonds à la  Bibliotheca Alexandrina de m'avoir offert cette opportunité d'être parmi vous cet après-midi pour commémorer le quinzième anniversaire de la disparition du président Léopold Senghor.

Poète bien avant d'être un homme d'état, Léopold Sédar Senghor s’écria un jour: "La poésie ne doit pas périr, car alors, où serait l'espoir du monde". Dans ces quelques mots, se profile déjà sa vision universaliste de l'homme, cette correspondance éternelle qui unit les êtres humains de par le monde, défiant frontières et barrages, soit géographiques, politiques ou linguistiques.

Peut-être, pourrait-on résumer l'immense richesse du legs senghorien en un long poème, unique et émouvant, intitulé à la recherche de l'Universalité, s'inspirant d'une muse intarissable, fidèle campagne de Senghor au cours de son long voyage autant poétique que politique, en quête d'une lyre sacrée pour accompagner son poème dédié en large partie au Citoyen du Monde… à l’Homme Universel, appelant à la fraternité entre les hommes, le rapprochement entre les peuples, l'amour de partager, donner et recevoir.

Cette profonde vocation universaliste a certes caractérisé l'œuvre littéraire de Senghor et guidé son engagement politique: co-fondateur du mouvement littéraire de la Négritude en ces jeunes années, défenseur ardent du métissage culturel et du dialogue des cultures en une phase ultérieure, pour aboutir enfin à la création de la Francophonie, ce point de confluence où la verve poétique et la volonté politique se rejoignent, pour dessiner le grand rêve de Senghor: Edifier une Civilisation Universelle.

Etudiant à Paris, dans les années 30, le jeune Senghor s'était réfugié dans la poésie et les lettres pour mener un activisme intellectuel à la défense de l'Afrique noire, qui semblait, à l'époque, sombrer dans l'inconscience de l'humanité.

Cofondateur avec le poète martiniquais Aimé Césaire de la Négritude, ce nouveau courant littéraire à forte portée politique, visait à l'origine à s'affirmer comme étant noir et de s'accepter comme tel.

Toutefois, la parution de l'œuvre de l'ethnologue allemand Frobenius au cours des années 30, proclamant l'existence dans le passé d'une civilisation africaine à haute valeur historique, marqua visiblement les écrits de Senghor. Sa pulsion universaliste n'a pas tardé à se révéler enrichissant La Négritude d'une dimension additionnelle, en valorisant dans ses écrits la contribution de l'Afrique noire à la civilisation universelle, tout en étant fidèle à la genèse de la Négritude, c'est-à-dire l'affirmation de l'identité africaine en puisant dans les sources de l’histoire.

A l'aube des années soixante, Léopold Senghor, libérateur de son pays et président du Sénégal, était profondément conscient du besoin impérieux de réunir les états africains d'expression française, récemment accédés à l'indépendance, dans un ensemble collectif en vue de consolider leur indépendance toute récente.

Passionné de la langue française dès son enfance, et premier africain agrégé en grammaire française, le président Senghor sous la pulsion d'une nouvelle visée prospective, découvrit en la langue française un idéal commun que les africains ont en partage. Ainsi, le chef d'état sénégalais voyait que la création d'une sorte de Commonwealth à la française, ou plutôt une Communauté Francophone pourrait alors jouer le rôle d'un instrument unificateur pour ce groupe d'états nouvellement indépendants, tout en gardant un lien organique avec la France: "La langue française, disait-il, ne doit plus être exclusivement française. Il est temps de se servir de ce merveilleux outil trouvé dans les décombres du passé colonial."

De même, nombre de chercheurs, dont le professeur Lilan Kostelat, professeur à l'Université de Dakar, explique la logique de ce choix judicieux pour la francité politique, par le souhait du Président sénégalais que le français soit au Sénégal (ou dans d'autres états africains francophones), la langue fédératrice des différentes ethnies sénégalaises, contre la menace de l'émiettement qui les guettait.

Il est à noter que dès 1962, on commence à s'apercevoir que le mot "francophonie" renaît de ses cendres pour réapparaître dans les écrits littéraires ainsi que le discours politique de Senghor en tant qu'un nouveau terme imprégné d'une signification novatrice voire révolutionnaire. Au fil des jours, une longue romance s'est développée entre l'homme de lettres et son poème ainsi que l'homme d'état et sa cause.

Promoteur fervent d'une communauté francophone internationale, à côté de ses homologues le nigérian Hamani Diori et le tunisien Habib Bourguiba, une longue série de réunions entre les états africains francophones et la France témoignent des débats exhaustifs autour de ce projet.

Le sommet de Laval 1966, atteste l'élargissement de cette francophonie embryonnaire à tous les états d'expression française de par le monde. Le président sénégalais y prononce un discours où il donne un exposé exhaustif autour de sa vision globale de la Francophonie attribuant à ce mouvement une identité résolument politique ainsi qu'une vocation universaliste. Dans cette perspective, la création de l'Agence de Coopération Culturelle et Technique en 1970 et surtout l'Organisation internationale de la Francophonie en 1997 concrétisent une avancée fort importante par rapport au rêve universaliste senghorien : la langue française conçue dans sa force de symbiose, se présente aux peuples francophones comme un instrument dynamique de coopération internationale à portée universelle.

Ainsi, la francophonie, ce dessein ambitieux qui s'étale aujourd'hui sur cinq continents, a réussi à imposer la langue française comme une réalité indéniable qui s'élance par delà nos propres langues nationales et régionales, ou comme disait Senghor: "La Francophonie, c'est un merveilleux instrument de plein épanouissement, liberté, participation à la civilisation humaine."

Senghor et la Francophonie, indubitablement, pour toujours, ne feront qu'un. Son œuvre littéraire en témoigne, son engagement politique le prouve, même s'il n'a jamais prétendu avoir été le créateur de ce mot, qui probablement remonte au géographe français Onésime Reclus. Il parait qu'il a été le premier à l'employer dans son ouvrage intitulé: « France, Algérie et colonie », publié en 1886, pour désigner l'ensemble des locateurs qui utilisent le français comme langue maternelle et seconde.

Quant à Senghor, même s'il n'a pas littéralement forgé ce mot, c'est à lui qu'on doit de l'avoir véritablement théorisé en philosophie pour représenter une certaine vision du monde, une certaine manière de sacrer l'universalité.

Profondément convaincu que toute civilisation qui insiste à se confiner dans sa pureté est vouée à s'éteindre, il a élaboré la Francophonie en tant qu'une entreprise révolutionnaire; en évolution perpétuelle basée sur les principes de diversité et de métissage culturels; pour déboucher sur ce qu'il a appelé la Civilisation Universelle, reprenant les termes du philosophe français, Teilhard de Chardin, pour décrire sa vision du "3ème millénaire".

La Francophonie, enfantée de cette symbiose entre le poétique et le politique de Léopold Senghor, désigné Prince des Poètes en 1978, membre de l'Académie Française en 1980, ainsi que Président du Sénégal de 1960 à 1980, porte encore son message universel pour le rapprochement entre les peuples, l'échange et le dialogue, tout en respectant l'identité originaire et originelle de tous et de chacun.

Quinze ans après la disparition de Senghor, dans notre monde d'aujourd'hui, dévasté par une mondialisation féroce, des conflits sanglants, d'obscurantisme aveugle, que c'est important que la jeunesse, les nouvelles générations, tiennent à faire résonner le message senghorien et d'en amplifier les échos dans toutes les directions: "La Francophonie disait-il, c'est cet humanisme intégral qui se tisse autour de la terre, cette symbiose des énergies dormantes de tous les continents, de toutes les races qui se réveillent à leur chaleur complémentaire."

Merci pour votre attention

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