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Déclaration finale
Conférence : « Vers une stratégie arabe exhaustive pour lutter contre l’extrémisme »
Bibliotheca Alexandrina
du 3 au 5 janvier 2015
Dans son discours prononcé au 25e sommet arabe tenu au Koweït du 25 au 26 mars 2014,
M. le Président Adly Mansour, alors Président de la République Arabe d’Egypte par intérim,
a invité la Bibliotheca Alexandrina à organiser une conférence regroupant les penseurs et les intellectuels du monde arabe, pour élaborer une stratégie arabe exhaustive en vue d’affronter le phénomène de l’extrémisme.
A la Bibliotheca Alexandrina a été donc confiée la charge d’organiser cette conférence en coordination avec le ministère des Affaires Etrangères. Le jeudi 22 mai 2014, a été tenue au Caire une séance consultative à laquelle ont assisté une quarantaine d’intellectuels arabes, les représentants du ministère égyptien des Affaires Etrangères, ceux de la Ligue Arabe, conjointement avec les délégués de la Bibliotheca Alexandrina. Au terme de leur analyse profonde du phénomène de l’extrémisme sous ses multiples aspects religieux, politique, médiatique, culturel et éducatif, les représentants des trois organismes ont fixé les axes principaux de la susdite conférence.
Au cours de la période allant du 3 au 5 janvier 2015, la Bibliotheca Alexandrina a accueilli dans ses locaux la conférence intitulée « Vers une stratégie arabe exhaustive pour lutter contre l’extrémisme ». Sous les auspices de M. le Président Abdel-Fattah Al-Sissi, Président de la République Arabe d’Egypte, et avec la participation de deux cent cinquante intellectuels du monde arabe, cette conférence, reflétant une diversité arabe dense au niveau des appartenances politiques et intellectuelles, des convictions religieuses, des tranches d’âge et des sexes, offre un modèle de dialogue basé sur le respect de la différence, la diversité créatrice et l’acceptation d’autrui. Ceci est supposé être la méthode d’interaction à adopter dans les problèmes de la culture arabe, loin de tout militantisme et à distance des pensées rigides, du refus de la diversité et de l’exclusion du différent. Etaient présents à la séance inaugurale le Secrétaire général de la Ligue Arabe, Madame l’Ambassadrice représentante du ministre des Affaires Etrangères, les délégués de plusieurs organismes religieux et culturels ainsi que des personnalités de renom.
La conférence s’est tenue à une phase décisive de l’histoire de la région arabe qui connaît à présent une multitude de défis, entre autres, cet état d’inconsistance et de reformulation des régimes politiques qui a suivi les révolutions populaires éclatées dans certaines contrées arabes, la propagation d’organisations extrémistes dont DAECH qui commet de nos jours, les crimes les plus atroces, arborant des préceptes islamiques. Au cours de la susdite phase, les discours, qu’ils soient religieux, doctrinaux ou politiques, recèlent un extrémisme et une haine sans précédents. Suivent, une variété de pratiques violentes rarement connues auparavant, une tendance accrue aux guerres civiles chez certaines populations, des différends à caractère tribal, sectaire et élitiste ressuscités et réanimés, le tout jumelé d’une prolifération d’aspects de polarisation dans beaucoup de sociétés arabes reposant sur des bases doctrinales, religieuses et ethniques.
Ces aspects laissent voir un présage de division géographique et une menace de perte de l’identité nationale à tous les citoyens, aussi différents et variés soient-ils.
Au terme des débats qui ont eu lieu dans les séances plénières et autres, trois jours durant, les participants ont conclu que l’extrémisme est un phénomène répandu qui prend de l’ampleur, harcelant les sociétés humaines anciennes et récentes. L’extrémisme religieux n’en est qu’une facette. Il va sans dire que les discours jusqu’au-boutistes et le militantisme lui sont étroitement liés.
Il en découle un recours à la violence, un refus du différent allant jusqu’à le taxer d’incrédulité et parfois même l’exclure. Reste à dire que l’extrémisme ne sévit pas seulement dans le domaine religieux, mais s’étend dans les domaines social, politique et culturel envahis eux-mêmes par la polarisation, l’unilatéralisme de la pensée, l’arrogance, la fierté méprisante, l’illusion de détenir la vérité absolue, et la guerre des antipodes qui rétrécissent les espaces communs pouvant exister entre les citoyens, les pouvoirs politiques et les courants de pensée.
D’après les participants, l’extrémisme est dû à plusieurs causes, dont :
1. L’éducation et la conduite sociale enracinée reposant sur la culture de l’arrogance, le refus de l’autre et la tendance à l’amoindrir. S’y ajoutent la récession de l’esprit critique et l’inexistence de la culture de la participation.
2. Les discours religieux fanatiques basés sur les fausses interprétations et les explications erronées qui vont à l’encontre des préceptes de l’Islam et des valeurs spirituelles nobles présentes dans toutes les religions, entre autres : l’amour, la pitié
et l’indulgence.
3. La pauvreté, l’illettrisme et l’ignorance, cette trilogie qui pousse la personne à suivre aveuglément les discours religieux falsifiés et défigurés, les fatwas, les interprétations insensées, les opinions émanant d’esprits étroits et bornés, bref tout cet environnement hostile à la culture de la différence. La femme est souvent au premier rang des victimes de l’extrémisme. Ceci est dû au processus chancelant du développement culturel et social dans les sociétés arabes.
4. L’impression d’oppression résultant de la duplicité des critères et de l’adoption des doubles standards dans les relations internationales, vis-à-vis des Arabes et des musulmans. L’exemple de l’occupation israélienne des territoires palestiniens
et celle d’autres contrées arabes vient en appui de nos propos. Face à l’extrémisme sioniste flagrant, la société internationale s’abstient toujours de se manifester d’une manière décisive et tranchante.
5. Le rôle croissant de certaines forces actives et des ressources matérielles et humaines dont elles disposent dans l’attisement de l’extrémisme et l’accroissement de la violence dans les sociétés arabes. Ces forces, qui peuvent être soit des Etats, soit des groupes, agissent pour leurs propres intérêts, dans le but d’affaiblir les pays arabes, de déchirer les liens pouvant les unir et d’entraver leur processus de progression.
6. L’absence d’efficacité des chefs et des dirigeants, symboles de la pensée, capables de prendre le relais de leurs prédécesseurs, pionniers de la « Nahda » dans le monde arabe, ceux qui se sont ingéniés à mélanger originalité et contemporanéité, à moderniser la structure des sociétés arabes sans se détacher de leurs racines civilisationnelles et leurs origines culturelles. La récession du courant de la modernisation s’est jumelée d’un accroissement des discours bornés, extrémistes du point de vue religieux, oppressifs politiquement parlant et socialement isolés.
7. La propagation des plates-formes médiatiques locales et régionales qui émettent un discours incitant à l’extrémisme et à la haine et nuisent à la pensée religieuse modérée, ignorant les valeurs spirituelles nobles communes entre toutes les religions.
8. Les conséquences néfastes et négatives des pensées léguées, des habitudes sociales
et des valeurs culturelles, qui ont produit des défigurations culturelles et sociales renforçant le sentiment de supériorité et de fierté vis-à-vis du différent, et attisant les feux sectaires, ethniques et doctrinaux.
  Les discussions entretenues au cours de la conférence ont abouti à des recommandations précises pivotant autour des axes principaux qui peuvent faciliter le combat du phénomène de l’extrémisme. Ces recommandations sont les suivantes :
Premièrement : Le discours religieux
1. Engager les institutions religieuses à s’attaquer aux valeurs qui circulent dans la société surtout entre les jeunes. Figurent au premier rang de ces valeurs les interprétations déformées des deux conceptions du « Djihad » et de l’apostasie aussi bien que le statut de la femme, l’appel au changement par la violence, et le refus de l’Etat de droit et des institutions.
2. Ouvrir la voie à l’« Ijtihad » et à la connaissance authentique des fins de la charia. Reconnaître la perspective historique de la législation et la développer pour la rendre compatible avec les exigences de l’époque. Relancer les efforts des innovateurs parmi les intellectuels musulmans de renom, tout en veillant à leur compatibilité avec les chartes des droits de l’homme. Remettre à jour la culture des ulémas, tout en l’agrémentant de connaissances récentes et de pensées modernes.
Deuxièmement : La culture
1. Réviser les lois, les règlements et les pratiques administratives de manière à faciliter l’élan de la pensée libre et de la créativité dans la société, à enrayer les obstacles qui entravent la liberté de l’opinion, à et couper court à toutes les tentatives de tutorat intellectuel et de censure religieuse.
2. Multiplier les publications qui consolident la nationalité, répandent les pensées avant-gardistes, combattent les mythes, les superstitions et l’extrémisme, et offrent les possibilités d’une interaction avec les réalisations de la culture humaine dans les domaines des sciences naturelles et humaines.
3. Encourager le mouvement artistique pour créer des œuvres raffinées visant à améliorer la culture de la jeune génération, à accroître les dons, et à les développer dans les institutions éducatives et culturelles d’une manière méthodique. De même, faut-il encourager la diffusion et l’expansion des arts et la découverte des dons créatifs.
4. Faciliter l’accès au produit culturel à travers la multiplication des bibliothèques, des centres culturels, des clubs littéraires, des centres des art figuratifs, plastiques
et musicaux. Développer les musées regroupant les patrimoines culturels des diverses populations. Activer le travail des centres de culture arabe à travers l’organisation régulière de séminaires libres.
5. Tirer profit de l’édition électronique et créer des sites sur les réseaux sociaux, en vue de circonscrire l’extrémisme et la culture de la violence, de consolider la liberté de penser et de répandre les beaux-arts au moyen de tous les supports possibles.
6. Etablir un observatoire pour lutter contre l’extrémisme à la Bibliotheca Alexandrina à l’image de l’observatoire de la réforme arabe pour affronter la pensée extrémiste. Regrouper les initiatives culturelles visant à le combattre, faire en sorte qu’elles s’organisent entre elles et avertir les institutions concernées.
7. Consacrer des budgets suffisants pour financer un fonds voué aux projets de développement culturel et de lutte contre l’extrémisme, à la consolidation duquel contribuent les Etats aisés de la Ligue Arabe et les Etats donateurs.
Troisièmement : L’éducation
1. Faire appel à l’unification des systèmes éducatifs – au moins au niveau du cycle primaire – et à la réduction du dualisme entre l’éducation civile, l’éducation religieuse et l’éducation étrangère pour être sûr de la formation de la raison arabe sans fragmentation ou désordre. Compter sur l’équilibre des connaissances entre les sciences naturelles et les sciences humaines. Eduquer l’esprit des jeunes
et l’entraîner à mettre la main sur les habilités créatives et artistiques. Enraciner la culture de la démocratie.
2. Moderniser les systèmes et les programmes éducatifs, dans le but de renforcer les valeurs du pluralisme et de la coexistence humaine. Rendre disponibles les connaissances de base concernant l’histoire des civilisations et des religions. Améliorer le niveau de la prise de conscience des dangers de l’extrémisme et de l’isolation intellectuelle. Mettre en valeur la contribution de tous les Arabes dans l’établissement de la civilisation arabe bien que différents au niveau de la religion, de la doctrine et de l’ethnie. Développer les perceptions et engager à avoir recours, en tout jugement, à la raison.
3. Souligner l’importance de l’éducation civile dans les programmes éducatifs pré-universitaires, vu leur impact sur l’encouragement des valeurs de la participation, du bénévolat, du travail en commun, des droits de l’homme et de la foi en l’importance de la diversité dans la gestion du travail ; ce qui renforce la variété et la pluralité au lieu de l’unilatéralisme et l’isolationnisme. Il importe de même d’encourager les jeunes à participer positivement aux activités sportives, aux activités informatiques et à celles du terrain.
4. Elaborer des programmes de développement des dons créatifs dans le domaine de l’éducation (musique, photographie, poésie, théâtre, littérature et autres) pour donner naissance à une génération créative capable de contribuer à la consolidation de la structure culturelle de la société, de développer les dons et d’animer régulièrement les centres de jeunesse.
5. Elaborer des programmes en vue de développer les bibliothèques scolaires et de bien les équiper afin d’améliorer leur rôle dans l’encouragement de la lecture ; et ce dans le but de perfectionner l’esprit critique et créatif.
6. Etablir des programmes de recherche auxquels participent les institutions arabes, pivotant autour du phénomène de l’extrémisme sous tous ses aspects, en vue de publier des documents de référence traitant de tous les sujets attenants.
7. Epurer les programmes d’éducation religieuse de toutes les idées encourageant l’extrémisme et la violence ou reposant sur l’assimilation erronée des textes religieux, dans le but d’élaborer un seul système conciliant le religieux et le civique destinés au cycle primaire.
Quatrièmement : Les médias
1. Engager les institutions médiatiques à se conformer aux pactes professionnels
et éthiques comportant le rejet des discours fanatiques et des opinions semant l’esprit de la discorde et de la division entre les citoyens. Leur interdire d’attiser les controverses religieuses et doctrinales ou d’animer les rivalités politiques, tribales ou ethniques. Lutter contre l’impact négatif de quelques-uns des phénomènes de la mondialisation.
2. Lancer une initiative arabe invitant à réviser les critères professionnels et éthiques. Promulguer les lois incriminant la publication des matières médiatiques diffusant la haine et incitant à la violence.
3. Engager les médias arabes à coproduire des émissions médiatiques réfutant la pensée extrémiste. Ces programmes, tout en accordant une importance aux sujets scientifiques, ont à démasquer toutes les pratiques inhumaines allant à l’encontre de la religion, de l’éthique et des valeurs adoptées par les organisations extrémistes.
4. S’engager à diffuser aux heures de haute audience des émissions médiatiques d’un niveau politique et culturel raffiné se rapportant surtout au théâtre, à la musique, au cinéma et aux arts plastiques. Mettre l’accent sur les livres de grande valeur intellectuelle, les biographies et les autobiographies des personnalités de grande renommée ainsi que sur les découvertes scientifiques et techniques.
Outre les quatre domaines ci-dessus mentionnés, les participants se sont penchés sur d’autres sujets tels la consolidation du pluralisme religieux, la mise en valeur de la contribution des chrétiens arabes dans l’édification de leurs patries, le renforcement de la citoyenneté et la préservation du statut de l’Etat de droit national constitutionnel moderne. A été de même traité l’affrontement de tous les aspects de violence et de discrimination auxquels la femme est sujette sur les deux plans juridique et professionnel. Prenant en considération que la femme, les enfants, les minorités ethniques et les non musulmans sont les premiers citoyens à souffrir de l’extrémisme et du terrorisme dans la région arabe, les participants ont jugé que les mesures sécuritaires, bien que nécessaires pour affronter l’extrémisme, restent insuffisantes. Ceci exige qu’à la sécurité soit liée la croissance, que la pauvreté, le chômage et la marginalisation sociale qui sévissent dans beaucoup de contrées arabes soient sérieusement affrontés et que les expériences démocratiques sans faille soient accrues.
Les participants ont souligné que l’initiative de l’Etat égyptien, qu’incarne la conférence tenue à la Bibliotheca Alexandrina, doit représenter un début véridique pour une action culturelle commune. Cette action, via une chaîne d’initiatives communes, doit s’étendre sur toutes les contrées arabes et être soutenue par la Ligue Arabe. Une organisation est exigée entre ces initiatives ainsi qu’une participation de la part des experts et des penseurs, en vue de les enrichir, et d’activer les recommandations des conférences et des forums similaires, dans le cadre d’un système global. Les participants ont de même souhaité que la lutte contre l’extrémisme soit un des domaines de l’action arabe commune aux niveaux culturel, éducatif, médiatique
et sécuritaire. Partant de la conviction de base que l’avenir de la région arabe dépend de sa capacité de circonscrire l’extrémisme, d’arpenter le chemin de la rationalité, de la croissance, de l’indulgence et du progrès, l’action arabe connaîtra un rythme accéléré.
En guise de clôture, les participants ont adressé leurs vifs remerciements à
M. le Président Abdel-Fattah Al-Sissi, Président de la République Arabe d’Egypte, d’avoir pris l’initiative d’appeler à tenir cette conférence sous ses auspices. De même, ont-ils témoigné leur reconnaissance à la Bibliotheca Alexandrina et au ministère des Affaires Etrangères qui se sont chargés de son organisation. En eux persiste l’espoir que les gouvernements, les organisations de la société civile ainsi que les diverses institutions culturelles et religieuses poursuivront leurs efforts pour circonscrire l’extrémisme, propager la culture de l’indulgence et de la diversité, enraciner la liberté de l’opinion et de l’expression, tout en établissant la justice sociale et la démocratie.

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